Mise en pratique d'un processus critique sur un article de presse
Lorsqu'un média utilise "une étude" pour légitimer un article, il est essentiel de se pencher sur l'étude en elle-même. Exemple avec un article du Figaro, "HEC, Essec, EM Lyon... Quand l’écologie radicale infiltre les écoles de commerce", publié en janvier 2026.
Cet article a déchainé les passions dans les plus de 400 commentaires sur le site du Figaro, et a déclenché des réactions amusés de nombreux enseignants dans lesdites écoles sur LinkedIn.
Pour autant, quel crédit donner à cet article et à l'étude qu'il relaie ?
Quelles sont les étapes d'un processus critique pour ce type d'article ?
1. Retrouver l'étude
Il est indiqué dans l'article que l'étude est réalisée par "le Centre d’études et de recherches universitaires (Ceru)".
Une rapide recherche et vous voici arrivé sur le site ceru.fr
2. Qui héberge l'étude ?
Quand vous achetez un nom de domaine quelques informations administratives vous sont demandées. Par défaut, ces informations sont publiques, et il reste des personnes qui ne les cachent pas, manifestement.
Pour les retrouver, il suffit de chercher le nom de domaine dans le site who.is - ici ceru.fr donc.

Le nom de domaine a été acheté par Sébastien Bordmann qui, comme on le voit sur la capture d'écran, a utilisé son mail lié à sa présence dans le syndicat universitaire "UNI", syndicat créé dans un bureau de l'Elysée en 1968 pour contrer les manifs étudiantes, et aujourd'hui proches de toutes les droites.
3. Qui rédige l'étude ?
L'autrice est Morgane Daury-Fauveau, professeure de droit privé à l'université de Picardie, et autrice de tribunes depuis longtemps au Figaro.
4. Lire l'étude
D'une lecture du document de 23 pages, voici ce que l'on peut retenir:
- Déjà, ce n'est pas une étude. C'est une compilation de sélection de bouts de programme enseignés dans les grandes écoles visées. Vous n'y trouverez aucun chiffre qui présente l'ensemble des cours donnés, ni aucune donnée temporelle permettant de suivre une évolution.
- On utilise un fait pour légitimer toute l'étude. En l'occurrence, le fait que l'anthropocène ne soit pas considéré comme un âge géologique par la commission internationale de stratigraphie. Mais à côté de ce fait - juste - il y en a un autre, tout aussi juste, et qui est littéralement la phrase d'après dans la déclaration de la commission traduite ci-dessous :
‡ Malgré son rejet comme unité formelle de l'Échelle des temps géologiques, l'Anthropocène continuera d'être utilisé non seulement par les spécialistes des sciences de la Terre et de l'environnement, mais aussi par les chercheurs en sciences sociales, les responsables politiques et les économistes, ainsi que par le grand public. Il restera un descripteur précieux de l'impact humain sur le système terrestre - On désigne des personnes comme militantes pour considérer qu'elles ne sont pas légitimes. C'est le cas notamment page 6 dans l'encart sur les fresques du climat. Si le militantisme de Cédric Ringenbach ou de Camille Etienne ne sont pas discutables en ce qu'ils défendent la nature, les fresques elles reposent sur les travaux du GIEC. En est-on encore à se dire que les travaux du GIEC ne sont pas sérieux ?
- enfin, et c'est probablement le plus savoureux: le grand défaut de ces programmes serait de prendre en compte les objectifs de développement durable de l'ONU ou encore les indicateurs classiques des normes ESG. Il faut vraiment ne pas écouter le monde économique - et a minima les assureurs, sans qui aucun capitalisme n'est possible - pour partir de ce principe.
5. Remettre toutes les infos dans leur contexte
Le Figaro relate donc une étude réalisée par une de ses contributrices, étude hébergée sur le site ceru.fr créé par un membre de l'UNI, dans un article rédigé par une journaliste qui a fait la promotion de son livre sur la chute de Sciences Po via un webinaire organisé avec ceru.fr.
En réalisant ce processus, on prend de la distance avec l'article, distance nécessaire pour apprécier l'intérêt du sujet et son traitement.
Sur le fond, on peut noter la difficulté pour certaines et certains de voir que l'économie change, et que le changement passe aussi par son enseignement. Il est joyeux de constater que les notions d'engagements, d'éco-responsabilité, de circularité, de décroissance sont enseignées au même niveau que les process commerciaux ou marketing. Les premières donnent un cadre dans lequel peuvent s'exprimer les seconds.
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